Couverture Lavinia

Comme Hélène de Sparte j’ai causé une guerre. La sienne, ce fut en se laissant prendre par les hommes qui la voulaient ; la mienne, en refusant d’être donnée, d’être prise, en choisissant mon homme et mon destin. L’homme était illustre, le destin obscur : un bon équilibre.

Dans l’Énéide, Virgile ne la cite qu’une fois. Jamais il ne lui donne la parole. Prise dans les filets du poète qui n’écrira l’épopée des origines de Rome que des siècles plus tard et sans avoir le temps de l’achever avant sa mort, Lavinia transforme sa condition en destin. De ce qui sera écrit elle fait une vie de son choix. Et cela dans la douceur amère et la passion maîtrisée que suscite son improbable position : elle se veut libre mais tout est dit.

mon avis

Bien qu'un peu déçue par ma première découverte littéraire d'Ursula le Guin, ma passions pour les récits de l'Antiquité greco-romaine et l'opportunité de lire ce roman en Partenariat sur Livraddict m'a poussé à redécouvrir cet auteur, qui reste une merveilleuse conteuse. Je retente donc l'expérience Ursula le Guin, pleine d'espoir, avec cette fois ci un roman dédié aux adultes.


Je tiens d'ailleurs à remercier tout particulièrement Livraddict et toute la Team pour son gigantesque travail, ainsi que les éditions Atalante que je découvre d'avantage et qui me séduise de plus en plus autant par la qualité de leurs traductions que par la qualité de leur éditions. Nous avons toujours ici un livre beau, avec un format que je trouve idéal et une couverture magnifique. Au touché les livres de l'Atalante sont inégalé : quelle douceur ! Cette petite parenthèse livre objet ouverte, revenons en à ce qui nous intéresse : le roman.
J'avais retenue deux choses de mes précédente lecture signée Ursula le Guin : le talent indéniable de conteuse de l'auteur et sa façon d'aborder des sujets philosophique dense sous forme d'un mysticisme quasi religieux. Autant je suis séduite par le premier aspect, autant le second me rebute. J'ai retrouvé avec plaisir la merveilleuse conteuse mais me suis perdu dans l'interprétation méditative de l'oeuvre de Virgile qu'elle nous offre ici.

Nous nous trouvons là, devant Lavinia qui nous relate ces souvenirs et son histoire. le poème épique de Virgile est ici vécue comme une prophétie à laquelle est soumise notre héroïne.

La première partie du roman m'a totalement séduite : le style poétique et fluide de l'auteur colle à merveille avec le thème et l'époque du roman. Lavinia est un personnage attachant, profond et original. La seconde partie où elle relate ces rencontres avec le poète sous forme de songes m'a perturbée, voire même ennuyée. Seul ma curiosité m'a poussée à continuer ma lecture. le dernier épisode, sombre et brutal de la fin du poème de Virgile a donner de l'ampleur à mes réserves. La guerre entre Ennée le troyen et Tumnus le latin se veut aussi imagé et sanglant que l'Enéide : cet étalage d'hémoglobine m'a fortement déplu. Pour tout avouer, ça a même étouffé le charme poétique et original qui me plaisait tant dans ce roman.

La relation entre Enée et Lavinia aurait pu me faire oublier ce gros point négatif si elle n'avait pas été camouflée derrière toutes les réflexions sur la piété, la loyauté, le devoir, la justice et la vertu que nous impose l'histoire. L'idée de faire vivre Lavinia et de lui donner une voix aurait pu m'embarquer (et la première partie de l'histoire la fait !) mais je me suis trop perdue au milieu de cet hommage à Virgile et sa vision de la naissance de Rome.

Il semblerait donc que le style de l'auteur ne soit pas ma tasse de thé. Je ne pousserais pas pour le moment la porte de Terremer de peur de retrouver ce mysticisme bien trop présent. le coté trop méditatif de l'auteur m'étouffe un peu et ne me fait pas assez voyager… C'est dommage car une aussi bonne conteuse qu'Ursula K le Guin aurait pu m'emmener par delà l'imaginaire ! Je ressort très mitigée de cette lecture et laisserais, pour conclure, un passage qui résume l'idée et l'atmosphère général du roman :

« Mon destin, semble-t-il, était de vivre parmi les gens que le deuil faisait souffrir outre mesure, qu'il rendait fous. Moi, je souffrais du deuil, mais j'étais condamnée à rester saine d'esprit. Ce n'était pas l'oeuvre du poète. Je sais qu'il ne m'a donné que rougeurs modestes et pas la moindre personnalité. Il dit, je le sais, qu'à la mort de ma mère j'ai déliré en arrachant des mèches de mes cheveux d'or. Il n'a pas fait attention, c'est tout : quand elle est morte, j'étais muiette, je ne pleurais pas, je ne pensais qu'à rendre décent sa pauvre dépouille souillée. Et mes cheveux ont toujours été bruns. A la vérité, il ne m'a donné qu'un nom, un nom que jéai rempli de moi-même. Pourtant, sans le poète, aurais- je seulement un nom ?Je ne lui en ai jamais voulu. Même un poête ne peut pas toujours tout comprendre. »